Ce n’est pas le pays qui tient—
ce sont les petites choses qui refusent de tomber.
Une clé usée, sans toutes ses dents,
se souvient encore des serrures.
Elle tourne en silence dans les poches des absents,
comme un secret léger, un poids discret.
Un ticket de métro, plié comme une prière,
son cruage à peine effacé, marque le pouce du voyageur.
Le papier froissé retient l’empreinte des mains—
témoin fragile d’un trajet, d’un passage.
La fumée d’hiver,
encore prise dans une écharpe,
conserve le goût froid des flammes anciennes.
Un gobelet ébréché
réchauffe les mains à sept heures douze.
Ses cicatrices racontent des jours renversés,
des éclats de lumière dans un matin gris.
Personne ne le regarde vraiment—
pourtant il tient le jour debout,
petit soldat invisible, infatigable.
Les miettes de pain offertes au sol
gardent la mémoire des matinées tremblantes,
des gestes incertains, des silences longs.
Les allumettes consumées,
ombres courtes d’un feu tenu,
parlent plus fort que des mots brûlés.
Les cahiers froissés,
où s’inscrivent des chiffres muets,
témoignent en marge
des silences de la république.
Et même la queue au café,
où les mains se frôlent,
porte dans le froid
la douceur d’une attente partagée.
Ce sont elles, les sentinelles discrètes—
elles gravent le poids du monde
dans le silence du quotidien,
elles tiennent les heures,
fragiles, entières.
Le monde ne tombe pas,
il tient.
Il s’appuie sur ce qui ne se voit pas,
sur ce qui ne parle pas.
Sur les petites choses
qui refusent de lâcher prise
et poussent encore,
dans l’ombre,
dans le souffle du froid,
dans le temps qui s’étire.
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poem — Winter 2025
Les choses qui tiennent le monde
Fragment II of Triptyque du pays silencieux
FIRST APPEARANCE — Recours au Poème (January 2026)