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poem — Winter 2025

Le fleuve sous la ville

Fragment III of Triptyque du pays silencieux

Sous les pavés, je sens un fleuve— il respire plus lentement que nous, mais il n’a jamais cessé.   Le matin, la bouche grise du métro s’ouvre comme une église sans prière. Les pas s’y déposent—lourds, anonymes— et l’air garde le goût du fer.   Une rame passe, froisse l’ombre sur les murs. Les vitres glissent comme un courant trouble, les visages s’y défont— éclats d’eau, dérives brèves.   Affiches décollées dans la lumière basse. Un reste de pluie sur la bordure, un nom oublié barré de bleu.   Le fleuve revient, graisse les couloirs souterrains. L’eau coule sous la dalle, bouscule la poussière, récupère les souvenirs tombés des poches.   Noms d’ancêtres, rues effacées— on marche, on oublie. Lui, non. Il veille.   Il arpente la ville sous la ville, silencieux, patient.   Une femme attend le train, vitre embuée, regard perdu. Ce n’est pas l’annonce qu’elle écoute, mais la lenteur de ce qui coule en dessous.   Le fleuve tire chaque ombre dans son lit, se lie à nos absences, nous traverse. Au-dessus, le matin lève le pain, ouvre les ponts. Le ciel s’étire. Les camions passent, les bouquinistes s’installent.   Personne ne regarde en bas. Mais le fleuve, lui, se souvient.   Chaque pas posé sur la dalle le réveille. Il n’attend rien. Il garde tout.   L’eau a la mémoire lente— fidèle, infatigable. Paris, Lyon, Marseille— le fleuve passe, pardonne.   Ce qui demeure appartient à la nuit. Ce qui brille s’évapore.   Mais sous les pavés, le fleuve continue— obstination de la ville, patience du monde.

FIRST APPEARANCE — Recours au Poème (January 2026)