Le pays commence là où ton souffle rencontre la vitre froide.
Là, les noms s’effacent pour tenir dans la buée.
Un doigt trace, sans y croire, le contour d’une ville—
on dirait un visage, ou peut-être un retour.
Sous la verrière du métro, la lumière hésite, vacille.
Un journal plié respire encore,
comme s’il portait la fatigue d’un siècle entier.
Devant la boulangerie, l’aube épaissit ses ombres.
Les visages tirent lentement leur jour du pain.
Rien ne parle, sinon le métal tiède des grilles levées,
ce cliquetis qui bénit l’entrée du matin—
une prière sans prêtre, une république de gestes lents,
où chaque main devient territoire.
Dans le bus, les vitres pleines de souffle déraillent les horizons.
Personne ne dit le nom de ce pays.
On s’y reconnaît seulement
quand le givre cède un peu
et que ton regard passe.
Le bitume luira aux premières heures,
les flaques retiendront les éclats éteints du ciel.
Une voiture glisse, muette, dans un fil de lumière,
ses phares soulignant les trottoirs déserts.
La vieille enseigne vacille dans le vent.
Les passants plient leurs souvenirs dans le silence;
les ombres s’étirent sous les réverbères,
lentes colonnes du jour à venir.
Un chat s’arrête au pied d’un mur.
Il écoute,
mais personne ne parle.
Les murs ont la mémoire froide.
Ils gardent les pas, la poussière,
la tension d’une attente sans visage.
Souffle court, on avance sans mots—
dans ce pays qui s’écrit en lumière et en froid,
dans les gestes infimes,
dans ce presque rien, dense de présence.
Ce pays, c’est la carte invisible de nos silences—
celle qu’on déploie au plus près des nuits pâles,
celle où chaque regard dépose une trace:
fragile, tenue, persistante.
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poem — Winter 2025
Cartographie du silencieux
Fragment I of Triptyque du pays silencieux
FIRST APPEARANCE — Recours au Poème (January 2026)